Salle 47 – Où des soldats allemands ont fait souhaiter aux prisonniers français de ne jamais être nés
Il y avait un couloir dans les caves de l’ancienne usine textile de Lille qui n’apparaissait dans aucun document officiel allemand pendant l’occupation. Les soldats de la Wehrmacht savaient où il se trouvait, mais n’ont jamais mentionné son emplacement dans les rapports ou la correspondance. C’était un secret chuchoté entre les quarts de garde, transmis uniquement oralement parmi les officiers qui avaient besoin de savoir, et enregistré dans des cahiers personnels qui seraient brûlés avant le retrait allemand en 1944.
Le couloir menait à une porte en acier renforcé, peinte en gris industriel, sans identification extérieure, juste un numéro griffonné à la craie blanche que quelqu’un avait essayé d’effacer plusieurs fois mais qui réapparaissait toujours: 47. De l’autre côté, la réalité était si brutale que beaucoup de femmes qui entraient priaient de mourir avant l’aube, car la mort semblait plus miséricordieuse que de survivre une autre nuit à cet endroit.
Marguerite Delorme avait 24 ans lorsqu’elle a descendu pour la première fois ces marches en béton humide par une aube glaciale de mars en 1943. Infirmière volontaire de la Croix-Rouge, fille d’un pharmacien respecté de Roubaix, elle avait passé les 18 mois précédents à soigner des civils blessés dans des hôpitaux de fortune dans toute la région. Marguerite n’était pas membre de la Résistance, ne portait pas d’armes et ne savait pas fabriquer de bombes ni saboter les voies ferrées. Son seul crime, si on pouvait l’appeler ainsi, avait été de soigner un jeune homme blessé en sang sur le trottoir devant le marché municipal, sans demander de quel côté de la guerre il était. Le garçon était un messager pour la Résistance.