Juin 1941. En Europe de l’Est, l’Allemagne progresse en Union soviétique et les combats sur le front oriental dégénèrent rapidement en une guerre de famine, d’exécutions et d’une brutalité implacable. Les hommes de la 1re division de montagne, déployés sur le front, sont endurcis et insensibles à la souffrance. Ils sont marqués à la fois par la violence dont ils sont témoins et par celle qu’on leur ordonne de perpétrer.
Lorsque ces troupes furent déployées plus tard dans les Balkans, elles y importèrent cette brutalité. Des villages furent incendiés, des civils abattus, et la terreur devint monnaie courante. Mais les crimes de ces hommes ne restèrent pas impunis. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, des milliers d’entre eux payèrent de leur vie pour leurs actes.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, le 1er septembre 1939, la 1re division de montagne – une unité d’élite de la Wehrmacht allemande – participa à l’invasion de la Pologne avec près de 25 000 hommes. Cette unité, fondée en avril 1938 et arborant l’edelweiss comme insigne, s’était déjà illustrée lors des combats dans les Carpates.
Dès cette première phase de la guerre, des membres de la division commirent leurs premiers crimes de guerre en assassinant six civils et trois prisonniers de guerre dans le village polonais de Rozdziel, le 8 septembre 1939.
Ces actes s’inscrivaient dans le cadre de la politique allemande à l’égard de la population civile polonaise. Les soldats allemands étaient entraînés à considérer les civils non comme des êtres humains, mais comme des ennemis potentiels.
Au printemps 1940, la division participa à l’attaque contre l’Europe occidentale et combattit bientôt dans les forêts le long des rivières Meuse et Aisne.
Elle acquit la réputation d’opérer rapidement et efficacement. Lorsque la France capitula après seulement six semaines, une partie de la division fut maintenue en réserve – en vue d’éventuelles opérations contre le Royaume-Uni.
Ces forces furent regroupées au sein d’un groupe de combat dont la mission était de s’emparer de la forteresse britannique de Gibraltar, lourdement fortifiée et modernement armée, avec sa base navale d’une importance stratégique majeure.
L’opération prévue, baptisée « Opération Felix », aurait pu affaiblir considérablement la suprématie navale britannique en Méditerranée. Cependant, même durant les préparatifs secrets, le dictateur espagnol Francisco Franco refusa de coopérer. Adolf Hitler se montra incapable de prendre des engagements concrets concernant les ambitions territoriales de Franco dans les Pyrénées et l’expansion de l’empire colonial espagnol au détriment des colonies françaises.
De ce fait, l’« opération Felix » n’eut jamais lieu. Peu après, la division fut transférée et déployée en avril 1941 lors de l’attaque contre la Yougoslavie.
Là aussi, l’Allemagne remporta une victoire éclair, le pays s’effondrant en quelques jours. Mais l’ère des victoires fulgurantes allemandes touchait à sa fin. La guerre à venir serait plus longue et bien plus brutale.
En juin 1941, la 1re division de montagne, intégrée au groupe d’armées Sud, participa à l’invasion de l’Union soviétique. Ses soldats combattirent dans les forêts et les champs d’Ukraine et s’emparèrent de villes comme Vinnytsia et Ouman.
Là, sous le commandement du major-général Hubert Lanz, ils participèrent à la destruction des armées soviétiques encerclées et firent des dizaines de milliers de prisonniers.
Certains de ces prisonniers furent livrés aux SS et fusillés, d’autres furent laissés à mourir de faim ou de froid dans des camps de fortune pour prisonniers de guerre soviétiques.
Dans la ville de Lviv, dans l’actuelle Ukraine occidentale, qui tomba au début de l’offensive allemande, des membres de la division, avec des milices ukrainiennes locales, participèrent à des pogroms au cours desquels des milliers de Juifs furent assassinés en pleine rue.
Le commandement de la division s’est rendu complice de ces violences en incitant à la haine et en fermant les yeux sur les crimes commis contre la population civile.
En 1942, la division participa à la grande offensive d’été d’Hitler dans le sud, progressant vers le Caucase et la mer Noire.
Les troupes de montagne se frayèrent un chemin à travers des cols à plus de 3 000 mètres d’altitude. En août 1942, elles gravirent le mont Elbrouz, le plus haut sommet de Russie et d’Europe, et y hissèrent le drapeau à croix gammée – une victoire symbolique célébrée dans les actualités cinématographiques allemandes à travers toute l’Europe.
Mais la campagne elle-même s’acheva en désastre. La contre-offensive soviétique contraignit la division à battre en retraite à travers les montagnes mêmes qu’elle avait conquises. Des centaines de soldats morts et gelés furent laissés sur place.
Au printemps 1943, la division n’était plus que l’ombre d’elle-même. Plus de 19 000 hommes étaient tombés au combat. Les survivants qui revenaient du front de l’Est étaient des vétérans marqués par le froid extrême, la faim et la violence.
La même année, la division fut retirée du front de l’Est et transférée dans les Balkans, où une nouvelle forme de guerre l’attendait.
Au lieu de combattre les armées régulières, les soldats de l’Edelweiss reçurent l’ordre d’écraser les mouvements de partisans en Yougoslavie, en Albanie et en Grèce. Sous les ordres du major-général Walter Stettner Ritter von Grabenhofen, le haut commandement allemand donna des instructions directes pour employer des mesures extrêmes dans ces régions.
Les villages soupçonnés de soutenir les partisans devaient être détruits, leur bétail confisqué et leurs habitants exécutés.
Il ne s’agissait plus d’une guerre au sens classique du terme, mais d’une terreur organisée contre la population civile.
La réputation de brutalité de cette division s’est rapidement accrue après l’exécution de prisonniers sans procès au Monténégro. Des membres de cette unité ont également commis des meurtres en Albanie, notamment le massacre de Borovë le 6 juillet 1943..