Avant de franchir le seuil de cet enfer très spécial, je voudrais vous remercier d’être ici. De plus en plus d’entre vous trouvent le courage d’affronter directement l’histoire, même dans ses chapitres les plus sombres. Votre présence est la preuve que L’oubli ne l’emportera pas. Dites – moi dans les commentaires de quelle ville vous regardez.
Vous êtes à Lyon, Bruxelles, Genève ou ailleurs? Savoir que nous sommes connectés les uns aux autres à travers le monde nous donne le pouvoir de dire L’indicible. Préparez – vous maintenant. L’histoire d’aujourd’hui ne concerne pas seulement la mort, mais une cruauté beaucoup plus sophistiquée: L’Illusion de la vie. S’il vous plaît, ne faites pas ça. Vous allez passer à travers ça. En octobre 1943, le camp de concentration de Flossenbürg en Bavière était un cimetière en plein air.
Ici, la mort n’était pas industrielle comme à Auschwitz. Il était fait à la main. Il est venu par le froid, par les pierres de granit de la carrière que les prisonniers ont dû porter dans les escaliers de la mort, et par épuisement. Au milieu de cette Masse grise de corps épuisés, un jeune homme se démarquait encore, malgré la boue et la maigreur.
Son nom était Floriant. Il avait 22 ans. Avant la guerre, il était étudiant aux Beaux-Arts à Paris. Il avait des mains faites pour tenir un pinceau, pas une pioche. Il avait les cheveux bouclés couleur miel et, surtout, les yeux d’un bleu si clair et innocent qu’ils semblaient être une insulte au camp. Floriant portait L’angle rose.
Il avait été arrêté lors d’un raid dans un Bar du Marais, dénoncé pour des actes contre nature. Pour les Nazis, il se tenait tout en bas de l’échelle. Un déviant, une erreur biologique qui devait être corrigée par le travail forcé. Ce matin-là, Floriant s’agenouilla dans la boue de la carrière. Il a essayé de soulever un bloc de granit de 30 kg.
Ses bras tremblaient, sa vision s’estompait. Il n’avait pas mangé depuis 24 heures. Il sentait que la fin était proche. S’il tombait, le Kapo le battrait à mort. C’était la règle. Soudain, une ombre tomba sur lui. Les aboiements des chiens se sont tus. Même le Kapo, sinon si bruyant, s’est figé en position Habacht. Floriant leva les yeux et s’attendait à un tir au cou.
Devant lui se tenait un officier SS, une Furie. Il était grand, impeccable dans son uniforme noir, ses bottes polies reflétaient le ciel gris. Il possédait une beauté froide, presque sculpturale, et des yeux d’acier. C’était le capitaine Weber. Weber ne regarda pas le bloc de pierre, il regarda Floriant. Il le regarda avec une attention méticuleuse, comme un collectionneur qui vient de trouver une pièce rare dans un tas de déchets.
Il examinait la cambrure de son cou, la délicatesse de ses traits sous la saleté, la couleur de ses yeux. Floriant retenait son souffle d’horreur. L’officier a fait un geste de la main, un mouvement élégant avec son gant en cuir noir. “Lève-toi!”il a commandé en français avec un accent léger et étiré.
“Viens ici!”Floriant a dû s’approcher. Il s’assit sur le tapis aux pieds de l’officier comme un chien fidèle. Weber posa alors sa main sur la tête de Floriant. Il caressa doucement et lentement ses cheveux bouclés. Ses doigts descendirent le cou et tracèrent la ligne de sa mâchoire. C’était une touche possessive. Le contact d’un propriétaire qui vérifie la qualité de son bétail.
Floriant s’est incliné, mais il n’a pas reculé. Il avait instinctivement appris que la docilité était sa seule armure. Quand il est resté calme, Weber est également resté calme. S’il montrait de la peur ou du dégoût, l’air dans la pièce changeait instantanément, devenait lourd et menaçant. Un soir, Weber est rentré à la maison avec un carnet de croquis et des crayons à charbon. “Vous êtes un artiste, n’est-ce pas?”dit-il en jetant le cahier sur les genoux de Floriant. “Dessine-moi!“
Floriant prit les stylos, ses mains tremblèrent encore un peu. Il a commencé à dessiner le Profil de l’officier. Il a fait un effort. Il savait que sa vie dépendait de la qualité de ce trait. Il a dessiné la ligne droite du nez, la mâchoire carrée, les yeux froids. Il a créé un portrait flatteur et héroïque, effaçant la cruauté pour ne conserver que la beauté aryenne que Weber chérissait tant.
Quand il eut fini, Weber prit le cahier. Il l’a regardé pendant longtemps, puis a souri. “C’est magnifique, poupée. Petite poupée, tu as du Talent.”Il se pencha et embrassa Floriant sur le front. Un baiser sec, paternel et terrifiant. “Tu vois, je savais que tu Valais plus que la carrière. Vous êtes trop précieux pour être brisé par des pierres. Vous appartenez à L’art. Tu es à moi.“