Des soldats allemands ont emprisonné des femmes noires enceintes le jour de leur accouchement: ce qu’ils ont fait à ces femmes est insupportable.
Je m’appelle Adélaï Baumont. J’ai 74 ans aujourd’hui, en janvier 1992, et depuis 50 ans je garde le silence sur ce qui m’est arrivé. 50 ans à porter ce fardeau seul, à me réveiller chaque nuit avec les mêmes images, les mêmes cris, la même douleur sourde qui ne me quitte jamais.
Mes enfants me demandent parfois pourquoi je pleure sans raison, pourquoi je saute quand j’entends des bottes dans la rue, pourquoi je n’arrive pas à regarder certaines photos. Je ne leur ai jamais répondu, mais maintenant je suis vieux, mon corps s’affaiblit, mes mains tremblent, et je sais que si je ne parle pas maintenant, cette histoire mourra avec moi.
Cela rejoindra les milliers d’autres histoires que les gens voulaient effacer, qu’ils voulaient oublier. Donc, je ne parle pas pour moi, mais pour cet enfant que je n’ai jamais pu tenir dans mes bras pour que quelqu’un sache qu’il existait, même pour un instant. Je suis né à Fort-de-France, en Martinique, en 1918.
Mon père était docker au port. Ma mère cousait des robes pour les familles riches de la ville. Nous n’étions pas riches, mais nous avions une maison propre, de la nourriture sur la table et l’amour qui soutenait notre famille. J’étais l’aîné de cinq enfants. Mon père m’appelait sa petite étoile. Il a dit que j’avais les yeux de ma grand-mère, des yeux qui voyaient au-delà de l’horizon…