Prison de Saint-Paul, département du Nord, France, un hiver glacial. À la mi-décembre, trois prisonniers sont arrivés dans l’aile de haute sécurité avec un convoi spécial. Ce n’étaient pas simplement de petits escrocs, mais des parrains avec des fichiers rouges et une réputation qui ferait baisser les yeux même le plus ancien patron des enfers de Marseille.
Le premier à sortir fut Grégoire Savelli, dit “le grec”, 47 ans, sept condamnations, quatre meurtres confirmés. Grand, maigre, avec un regard aussi vide que des puits brûlés. Derrière lui, un colosse: Victor Ruden, surnommé “le char”. Près de cent vingt kilogrammes de masse musculaire, un ancien mineur du Pas-de-Calais avec des mains comme des marteaux. Il avait toujours ce sourire espiègle, comme s’il avait déjà décidé, sans la moindre hésitation, qui casser.
Le dernier était Olivier Michot, connu sous le nom de” le scalpel”, mince, agile, avec de longs doigts presque artistiques, un ancien infirmier SAMU. Il guérissait les gens. Maintenant, il les a coupés avec précision, sans étourdissement et sans mouvements inutiles. Trois jours plus tard, ces trois-là savaient déjà tout: qui faisait le commerce de cigarettes dans les ateliers, qui fermait les yeux sur le pastis de contrebande, qui craignait les rapports à la direction, qui vendrait sa mère pour un paquet de Gauloises.
Il n’a pas fait de bruit, il n’a pas provoqué. Il regardait, écoutait et avait tout le bloc à ses pieds. Même les gars du secteur 4 qui dominaient le couloir ont été les premiers à les saluer les yeux baissés. En face d’eux se trouvait Olga Craven, une surveillante en chef athlétique de 34 ans.
Son père était un héros de la Résistance et de L’Indochine, décoré de la Légion d’honneur. Il lui avait appris le combat au corps à corps, le Judo et le tir depuis son enfance. Elle avait presque terminé ses études de médecine. Mais après la mort de son père, elle a tout abandonné pour entrer dans l’administration pénitentiaire. Uniforme impeccable, boutonné Jusqu’au col, regard direct, voix calme.
“Mais encore une chose, Mlle Craven, nous ne sommes ici que de passage, mais vous êtes ici pour toujours. Pensez-y.”Elle est sortie. Dans le couloir, leurs chemins se croisent avec Luc Le surveillant. “Comment vas-tu?”demanda-t-il. “Bien,” répondit-elle. Tout allait bien, mais quelque chose était cassé. Ce n’était pas la peur, c’était la colère. Une colère froide, comme L’acier du couteau de combat de son père caché dans son casier.
Le soir, elle regarda l’horloge. 23h40. Luc ronflait à côté d’elle. Olga a sorti son cahier et a écrit trois noms: le grec, le Tank, Le Scalpel. Elle ferma le cahier et se regarda dans le miroir. “Garde la tête froide, Olga, juste un peu plus.”Elle a éteint les lumières et est descendue dans le couloir.
Au bout du bloc, un lit grinçait. Quelqu’un n’a pas dormi. Olga a avancé sans regarder en arrière. La matinée de décembre a commencé par un bref appel à la sentinelle. Olga a pris le rapport et l’a terminé, sans le détourner des yeux. La suite: la nuit de la honte. “Craven à L’appareil.”La voix du commissaire Collins sonnait comme s’il n’avait pas fermé les yeux toute la nuit.