Ce que les religieuses ont fait à 30 000 femmes dans les blanchisseries des îles de la Madeleine en Irlande ?H

Elle s’appelait Maureen Sullivan. Elle avait douze ans. Un homme de sa propre maison la maltraitait depuis des mois. Elle finit par se confier à son institutrice, espérant trouver de l’aide, croyant que les adultes la protégeraient. Vingt-quatre heures plus tard, Maureen se tenait devant un bâtiment de pierre grise, entouré de murs surmontés de verre brisé. Les religieuses en habit noir lui prirent ses vêtements et lui donnèrent un uniforme gris. Elles l’installèrent sur une chaise et lui coupèrent les cheveux. Elles lui dirent qu’elles n’utiliseraient plus jamais son nom. Maureen demanda quand elle pourrait rentrer chez elle. Personne ne répondit. Pendant les quatre années qui suivirent, cette fillette de douze ans lava des draps quatorze heures par jour sans être payée. Elle n’avait pas le droit de parler. Chaque fois que des inspecteurs du gouvernement venaient contrôler l’établissement, les religieuses la cachaient dans un tunnel souterrain, car il était difficile d’expliquer qu’un enfant travaillait comme esclave. Ceci n’est pas une histoire du Moyen Âge. Cela s’est passé en 1964. Le dernier de ces établissements a fermé ses portes en 1996. Il s’agissait des blanchisseries de la Madeleine, et ce que l’Église catholique en Irlande a fait subir à trente mille femmes entre ces murs constitue l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire moderne. Tout ce qui est présenté dans cette vidéo est étayé par des témoignages de survivantes, des enquêtes gouvernementales et des documents officiels. Rien de tout cela n’est inventé.

Pour comprendre comment une fillette de douze ans pouvait être punie pour avoir été victime, il faut comprendre le fonctionnement de l’Irlande de l’époque. L’Irlande n’était pas seulement un pays catholique ; l’Église catholique la dirigeait. Elle exerçait un pouvoir direct, sans détour ni suggestions. Les prêtres ne se contentaient pas de prêcher le dimanche ; ils décidaient qui trouverait un emploi et qui ne le trouverait pas. Si vous appréciez le curé du coin, les portes s’ouvraient. Dans le cas contraire, bonne chance ! Les évêques ne se contentaient pas de diriger les églises ; ils contrôlaient l’enseignement dispensé aux enfants. L’État payait les enseignants, mais l’Église décidait des programmes. Les religieuses ne se contentaient pas de prier ; elles géraient les hôpitaux, les orphelinats et les lieux où la société plaçait ceux qui refusaient d’être pris en charge. Si l’Église vous déclarait coupable, vous étiez coupable. Sans procès, sans preuves. La parole du prêtre suffisait. Dans ce monde, rien ne détruisait plus rapidement une femme que sa réputation. Tomber enceinte hors mariage, ce n’était pas simplement être une femme ayant commis une erreur ; c’était être considérée comme impure et dangereuse. Il fallait vous mettre à l’abri des regards. Si un homme vous faisait du mal, personne ne le blâmait ; c’était vous. On disait que vous aviez forcément fait quelque chose pour le provoquer. Si vous étiez orpheline, sans famille pour vous guider, l’Église vous considérait comme un problème en puissance. Si vous étiez tout simplement trop belle, vous étiez aussi dangereuse. La beauté attirait l’attention, et l’attention attirait les ennuis. Il était donc préférable de la dissimuler avant que les choses ne tournent mal.

Voilà pourquoi Maureen Sullivan fut punie pour avoir été une victime. Aux yeux de l’Église, il n’y avait pas de victimes innocentes. Si un malheur vous arrivait, c’est que vous l’aviez forcément mérité. L’Irlande mit donc en place un système pour traiter ces femmes. Quatre ordres religieux se partagèrent le pays comme une entreprise. Les Sœurs de la Miséricorde prirent certaines régions, les Sœurs de Notre-Dame de la Charité d’autres. Les Sœurs de la Charité et les Sœurs du Bon Pasteur se partagèrent le reste. Le gouvernement ne se contenta pas de fermer les yeux ; il était complice. Les tribunaux envoyaient les femmes dans les blanchisseries à titre de punition.

Marina Gambold avait seize ans lorsqu’elle fut emmenée au couvent du Bon Pasteur à New Ross. Ses deux parents étaient décédés et, sans ressources, elle était la victime idéale. Un après-midi, Marina laissa tomber une tasse par inadvertance, qui se brisa sur le sol. La religieuse responsable ne cria pas et ne leva pas la main. Elle sourit, ouvrit un tiroir et en sortit une épaisse corde. Elle l’attacha autour du cou de Marina, pas assez serrée pour l’étouffer, mais suffisamment pour qu’elle la sente à chaque respiration, à chaque gorgée, à chaque instant. Pendant trois jours et trois nuits, Marina porta cette corde. À chaque repas, elle devait se mettre à quatre pattes et ramper jusqu’à sa nourriture posée à même le sol. Elle mangeait comme un chien sous le regard silencieux des autres femmes. Après chaque repas, elle devait prononcer les mêmes paroles à voix haute : « Je demande pardon à Dieu Tout-Puissant, pardon à la Vierge Marie et pardon à mes compagnes pour le mauvais exemple que j’ai donné. » Tout cela parce qu’elle avait laissé tomber une tasse.

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