Noel Odell, membre de l’expédition, les a observées à travers une brèche soudaine dans les nuages. L’une d’elles était celle du déterminé alpiniste britannique George Mallory, âgé de 37 ans.
À ses côtés se trouvait le jeune et brillant Andrew Irvine, surnommé « Sandy » par ses amis, âgé de seulement 22 ans, étudiant à Oxford et ingénieur de talent qui avait contribué à la refonte de l’équipement à oxygène de l’expédition. Ils n’étaient qu’à environ 300 mètres du sommet lorsque les nuages revinrent et les engloutirent. Ce moment allait devenir l’un des plus grands mystères de l’histoire de l’alpinisme.
Pendant des décennies, alpinistes et historiens se sont posé la même question obsédante : ont-ils atteint le sommet ? Si Mallory et Irvine avaient atteint le sommet ce jour-là, ils se seraient tenus sur le toit du monde près de trois décennies avant qu’Edmund Hillary et Tenzing Norgay ne réalisent la célèbre première ascension confirmée en 1953.
En 1999, une expédition a découvert le corps gelé de Mallory en haute altitude, avec des marques de corde autour de la taille suggérant que lui et Irvine avaient été attachés ensemble lors d’une chute mortelle. Mais Irvine lui-même restait introuvable, et avec lui, peut-être, un petit appareil photo Kodak Vest Pocket qui aurait pu contenir la seule photo capable de résoudre le mystère à jamais.
Pendant 25 ans, la montagne a gardé son secret. Puis, en septembre 2024, alors qu’ils tournaient un documentaire pour National Geographic, des alpinistes dirigés par le photographe et réalisateur Jimmy Chin traversaient le glacier central de Rongbuk sous la face nord de l’Everest lorsqu’ils ont aperçu quelque chose d’inhabituel dans la glace fondante.
Il s’agissait d’une vieille botte en cuir marron, craquelée par le temps et munie de crampons à clous d’une autre époque. Lorsque l’équipe a délicatement soulevé la chaussette à l’intérieur, elle a vu une étiquette rouge sur laquelle était cousu le nom A.C. Irvine. Après un siècle, la montagne avait enfin rendu une partie du jeune alpiniste qu’elle avait gardé si longtemps.
À l’intérieur de la botte se trouvait le pied d’Irvine, preuve silencieuse d’une vie perdue dans les hauteurs de l’Everest, 100 ans plus tôt. Les restes ont été retrouvés bien en dessous de l’endroit où le corps de Mallory avait été découvert, ce qui suggère qu’Irvine a peut-être été emporté par une avalanche avant d’être gelé dans le glacier. Cette découverte a suscité une vive émotion chez la famille d’Irvine, notamment chez sa petite-nièce Julie Summers, qui a passé une grande partie de sa vie à faire des recherches et à écrire sur cet oncle qu’elle n’a jamais connu.
Pendant cent ans, l’histoire de Mallory et Irvine a oscillé entre légende et mystère. Ont-ils atteint le sommet avant que la montagne ne les emporte ? Personne ne le sait avec certitude.
Mais ce qui reste indéniable, c’est leur courage, l’esprit de deux alpinistes qui ont osé défier le point culminant de la Terre bien avant l’existence des équipements et des technologies modernes. Et parfois, même après un siècle, la montagne rappelle discrètement au monde ceux qui ont autrefois gravi les nuages et ne sont jamais rentrés chez eux.