Il s’appelait Abdul Halim al-Attar, un réfugié qui avait fui la dévastation du camp de Yarmouk près de Damas pendant la guerre civile syrienne.
Il tenait dans sa main quelques stylos à bille bon marché, la seule chose qu’il lui restait à vendre. Sur son épaule reposait sa fille de quatre ans, Reem al-Attar, profondément endormie, ses petits bras enroulés autour de son père comme si cette rue bruyante était l’endroit le plus sûr au monde. Abdul avait presque tout perdu : sa maison, sa stabilité, et même le sentiment d’appartenir à un pays. Mais il avait encore ses enfants, et c’était une raison suffisante pour rester debout sous la chaleur, dans l’espoir que quelqu’un achète un stylo.
Ce qu’Abdul ignorait, c’est que quelqu’un de l’autre côté de la rue avait discrètement pris une photo. Cette personne était Gissur Simonarson, un développeur web islandais qui a été profondément ému par la scène. Il a partagé l’image en ligne avec un simple message sur un père vendant des stylos tout en portant sa fille endormie. En quelques minutes, des gens du monde entier l’ont vue, et quelque chose d’extraordinaire s’est produit.
Les cœurs se sont ouverts. Une campagne de financement participatif intitulée #BuyPens a été lancée, et en seulement 30 minutes, l’objectif de 5 000 dollars était déjà atteint. Les dons ont continué à affluer de la part d’inconnus à travers les continents, des personnes de langues, de cultures et de religions différentes, toutes unies par la même émotion : la compassion pour un père qui essayait de protéger ses enfants.
À la fin de la campagne, près de 191 000 dollars avaient été récoltés. Mais Abdul a fait quelque chose d’encore plus fort que de simplement accepter de l’aide. Au lieu de disparaître avec l’argent, il l’a transformé en espoir, non seulement pour lui-même, mais aussi pour les autres.
Il a ouvert une petite boulangerie, puis un kebab, et plus tard un modeste restaurant à Beyrouth. Il a rapidement pu employer 16 autres réfugiés syriens, des personnes qui se trouvaient autrefois dans les mêmes rues, avec la même lourde incertitude quant à leur avenir. Il a même envoyé des milliers de dollars à des parents et des amis qui continuaient de lutter en Syrie.
La petite fille qui dormait autrefois sur l’épaule de son père dans les embouteillages rit et joue aujourd’hui avec des jouets dont elle ne pouvait que rêver auparavant. Son frère est retourné à l’école après des années d’absence. Et Abdul dit souvent que ce qui a changé sa vie, ce n’est pas seulement l’argent, mais aussi la gentillesse d’inconnus qu’il ne rencontrera probablement jamais.
Il croit toujours au message simple qu’il arborait autrefois sur son t-shirt : « Restez positif ». Car parfois, dans un monde bruyant qui passe à côté de la souffrance, une photo, un moment d’empathie et des milliers de cœurs bienveillants peuvent changer l’avenir de toute une famille.