En octobre 2010, cinq amis américains se sont lancés dans une randonnée de rêve au cœur de la forêt amazonienne, d’un vert émeraude, à la découverte de cascades, de grottes cachées et d’une nature sauvage intacte.

Certains noms et détails de ce récit ont été modifiés pour des raisons d’anonymat et de confidentialité.
Toutes les photos ne proviennent pas de la scène réelle.

Le 12 octobre 2010, cinq touristes américains ont disparu sans laisser de traces dans l’« Enfer vert » de la forêt amazonienne.
Julie Gordon, Angela Carson, William White, John Ball et Brian Blake étaient partis en randonnée vers les chutes d’eau et ne sont jamais revenus.
Pendant sept ans, leurs familles ont vécu dans une attente angoissante, convaincues qu’ils étaient morts, dévorés par la nature.
Jusqu’au jour où, lors d’une descente de police à des centaines de kilomètres de l’endroit où ils avaient disparu, un conteneur en plastique a été découvert dans un campement forestier.

À l’intérieur, il y avait de nouvelles photos des Américains disparus.
Ils étaient vivants, émaciés et enfermés dans des murs de béton, mais sur chaque cliché, leurs yeux étaient parfaitement alignés, comme s’ils avaient été gravés au scalpel sur le papier photographique.
Des trous noirs béants, à la place des visages, fixaient directement l’objectif de l’appareil photo.

Le 10 octobre 2010, l’aéroport international de la ville brésilienne de Manaus a accueilli un groupe de cinq touristes américains dans une atmosphère étouffante.
Ce matin-là, le thermomètre affichait 35 °C et le taux d’humidité avoisinait les 90 %, un seuil critique.
C’était un voyage que ce groupe d’amis avait soigneusement planifié depuis plus de 8 mois.
Julie Gordon, 30 ans, Angela Carson, 31 ans, William White, 33 ans, John Ball, 29 ans, et Brian Blake, 33 ans, s’étaient envolés pour explorer la forêt amazonienne sauvage et préservée

Dès qu’ils eurent passé la douane, le groupe se rendit à l’agence de location de voitures, où les attendait un SUV Toyota Hilux argenté à quatre roues motrices, réservé à l’avance.
Après avoir chargé leurs énormes sacs à dos de randonnée, leurs tentes et leur matériel de camping, les Américains prirent la route nationale BR 174.
Cette route, traversant un mur de jungle verdoyant à perte de vue, menait tout droit vers le nord.
D’après l’enquête policière, le 12 octobre, à 10 h 15 du matin, le SUV a fait un bref arrêt.
Il s’agissait d’une grande station-service du réseau Posto Ecuador, située à quelques dizaines de kilomètres des limites de la ville.
Les images de vidéosurveillance retrouvées par les enquêteurs ont constitué par la suite la dernière preuve attestant que les cinq personnes étaient encore en vie.

Les images en noir et blanc à basse résolution montrent clairement que William White se dirige vers la caisse et paie en espèces pour un plein d’essence.
Au même moment, la caméra numéro quatre installée dans le supermarché a filmé Julie Gordon.
La femme a acheté une carte topographique détaillée de la région et trois grandes bouteilles de répulsif puissant contre les moustiques.
Dans la vidéo, on voit les amis se détendre, rire et discuter de quelque chose près de la portière ouverte de la voiture.
À 10 h 32, la Toyota Hilux a quitté la station-service et a disparu dans la brume de l’asphalte brûlant.

Leur destination finale était la commune de Presidente Figueiredo, une région réputée auprès des touristes pour ses cascades, ses gorges profondes et ses forêts extrêmement denses.

À 13 h 40 cet après-midi-là, le groupe a garé son minibus sur un parking en terre battue situé au départ d’un sentier menant à l’immense réseau de grottes de la Gruta do Mutum.
Conformément au règlement du parc national, tous les visiteurs devaient s’enregistrer.
Dans le registre usé du garde forestier de service, on trouvait une inscription manuscrite de Brian Blake datée de 13 h 45.

La mention indiquait que le groupe prévoyait une expédition de trois jours au cœur de la jungle.
Le détail le plus important de cette note était que les Américains mentionnaient la présence d’un guide.
Ils avaient toutefois officiellement engagé un guide local, en contournant les agences de voyage, de sorte que son nom et ses coordonnées n’apparaissaient pas dans le registre.

Le 15 octobre, jour où le groupe devait regagner sa voiture et prévenir le poste, aucun d’entre eux ne s’est présenté.
Le 19 octobre à 8 h du matin, une patrouille de gardes forestiers a remarqué que le Toyota Hilux était toujours à sa place, recouvert d’une épaisse couche de poussière et de feuilles mortes.
Les portes étaient verrouillées et seules des bouteilles en plastique vides et des brochures touristiques étaient visibles à travers les vitres.
Toutes les tentatives pour contacter les touristes via leurs téléphones portables se sont avérées vaines, car les appareils n’avaient pas de couverture mobile.
Le soir même, la police locale a officiellement déclaré les cinq citoyens américains disparus.

Le lendemain matin, une opération de recherche et de sauvetage d’une ampleur sans précédent a été lancée.
Des unités régulières de l’armée brésilienne, des équipes de sauvetage spécialisées et des dizaines de bénévoles locaux y ont pris part.

Les conditions étaient infernales.

Les températures atteignaient 38 °C pendant la journée et l’incroyable humidité rendait la respiration difficile, même pour les habitants du coin.
Les jours passaient, mais le labyrinthe verdoyant ne lâchait pas ses prisonniers.

Ce n’est que le 2 novembre, plus de deux semaines après le début des recherches, que l’opération a permis de découvrir le premier et unique indice.
À 7,2 km au nord-est du véhicule garé, sur la rive boueuse d’un petit affluent sans nom, l’un des sauveteurs a aperçu un morceau de tissu.

Les enquêteurs ont rapidement découvert qu’il appartenait à John Ball grâce au numéro de série figurant sur l’étiquette.
Le sac à dos était très abîmé, le tissu était déchiré et la plupart des poches étaient ouvertes.
Mais le plus surprenant, c’est que les experts médico-légaux n’ont trouvé aucune trace de sang sur lui.
Il n’y avait aucun signe de lutte, aucune empreinte de chaussure, aucun signe d’attaque par des animaux sauvages autour du lieu de la découverte.
Le sac à dos semblait avoir été jeté de ses épaules dans la panique et gisait simplement dans la boue.
Aucun autre effet personnel, vêtement ou équipement n’a été retrouvé.
Les chiens ont littéralement perdu la piste à quelques dizaines de mètres de l’eau.
C’était comme si cinq adultes avaient tout simplement disparu dans l’épaisse atmosphère de la forêt tropicale, sans laisser la moindre trace.

Le 17 décembre 2010, alors que l’espoir de retrouver les touristes vivants s’était finalement évanoui et qu’il n’y avait plus de moyens pour poursuivre l’opération, les recherches actives ont été officiellement suspendues.
De volumineux dossiers contenant les rapports de police furent envoyés aux archives et le statut de l’enquête fut changé en « affaire classée ».
Les familles des disparus se sont retrouvées face à l’angoisse de l’inconnu, convaincues que la jungle avait englouti leurs proches à jamais.
Aucun d’entre eux ne pouvait même imaginer que la véritable horreur n’avait rien à voir avec les animaux sauvages et que la pire épreuve venait tout juste de commencer quelque part dans cette obscurité assourdissante et étouffante.

Sept longues années se sont écoulées depuis ce jour fatidique où le labyrinthe vert de l’Amazonie a englouti sans laisser de traces cinq touristes américains.
Pour leurs familles, cette attente est devenue une souffrance sans fin.
Mais le monde a continué de tourner.

 

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