Chaque soldat allemand disposait de 7 minutes par jour avec chaque prisonnière française.
J’avais 20 ans quand j’ai appris que le corps humain pouvait être réduit à un chronomètre. Je ne parle pas de métaphore, je parle de quelque chose de littéral, de mesuré, répété avec une précision mécanique. Neuf minutes, c’était le temps accordé à chaque soldat allemand avant que la suivante ne soit appelée. Il n’y avait pas d’horloge accrochée au mur de la chambre six, aucun cadran visible, et pourtant nous savions toutes avec une exactitude terrible quand ces minutes s’achevaient. Le corps apprend à compter le temps lorsque l’esprit a déjà renoncé à penser. Mon nom est Élise Martilleux. J’ai aujourd’hui 88 ans et c’est la première fois que j’accepte de parler de ce qui s’est réellement passé dans ce bâtiment administratif reconverti aux abords de Compiègne entre avril et août 1943.
Presque aucun registre officiel ne mentionne cet endroit. Les rares documents qui en parlent mentent. Ils disent qu’il s’agissait simplement d’un centre de tri, un point de passage temporaire vers des camps plus importants. Mais nous, celles qui y avons été, nous savons ce qui se passait vraiment derrière ces murs gris. J’étais une jeune fille ordinaire, fille d’un forgeron et d’une couturière, née et élevée à Senlis, une petite ville au nord-est de Paris. Mon père est mort pendant la débâcle française. Ma mère et moi avons survécu en cousant des uniformes pour les officiers allemands, pas par choix, mais parce que c’était cela ou mourir de faim. J’avais des cheveux châtains qui tombaient jusqu’aux épaules, des mains petites et habiles, et je croyais encore avec cette naïveté propre à la jeunesse que si je gardais la tête baissée, si je ne me faisais pas remarquer, la guerre passerait à côté de moi sans vraiment me toucher.
Mais le 12 avril 1943, trois soldats de la Wehrmacht ont frappé à notre porte au petit matin. Le soleil n’était pas encore levé. Ils ont dit que ma mère avait été dénoncée pour avoir caché un poste de radio clandestin. Ce n’était pas vrai, mais la vérité en ces jours sombres n’avait plus aucune importance. Ils m’ont emmenée aussi simplement parce que j’étais là, parce que j’avais l’âge, parce que mon nom figurait sur une liste que quelqu’un quelque part avait rédigée dans un bureau froid et anonyme. Nous avons été transportées dans un camion de marchandise avec huit autres femmes. Personne ne parlait. Le moteur rugissait, la route caillouteuse nous secouait. Je tenais la main de ma mère comme si nous étions encore capables de nous protéger l’une l’autre………….Tous les détails dans les commentaire