Le sous-lieutenant John George, accroupi sur une crête dominan ?Et la vallée ?E

Le sous-lieutenant John George, accroupi sur une crête dominant la vallée de Hukong, en Birmanie, le 14 mars 1944 à 6 h 27, avait son fusil Winchester modèle 70 appuyé contre un rocher recouvert de mousse, pointé vers un sentier 310 mètres plus bas, où les patrouilles japonaises avançaient à l’aube. Il avait 28 ans et avait été champion de l’Illinois à 23 ans.

Au canal de Guadal, il avait abattu 11 tireurs d’élite japonais en 4 jours avec seulement 12 coups. En Birmanie, il avait passé 28 jours à porter son fusil dans une jungle si dense que la visibilité n’excédait jamais 45 mètres. Aucun coup de feu n’avait été tiré. Le Winchester pesait 3,9 kg, plus léger que le canal de Guadal. George avait remplacé la crosse en noyer par une crosse en polymère synthétique, ce qui lui avait permis de gagner 400 grammes.

Son sac à dos pesait 27 kg et contenait des munitions, des rations pour 10 jours, de l’eau, un poncho et une pelle. Chaque gramme comptait lorsqu’on marchait 30 mètres par jour sur un terrain escarpé, où les sentiers disparaissaient dans la boue et où les hommes succombaient au paludisme aussi souvent qu’aux balles ennemies. Mais le fusil resta silencieux sur le canal de Guadal. D’autres officiers qualifiaient la Winchester de simple carabine de sport pour hommes, équipée d’une lunette civile, tandis que les vrais soldats portaient des Garands.

George leur prouva le contraire. Onze tireurs d’élite ennemis, quatre jours, douze cartouches. Désormais en Birmanie avec les maraudeurs de Merrill, George traînait 4 kg de réputation qu’il ne pouvait pas exploiter. La jungle birmane n’offrait ni bunkers fixes, ni lignes de mire dégagées à travers les cocotiers, ni le temps de tirer avec précision à 220 mètres à travers une lunette Weaver 330C tandis que l’infanterie japonaise manœuvrait à bout portant.

En Birmanie, la guerre était une guerre de mouvement. Des marches forcées de 32 kilomètres, des embuscades à 27 mètres suivies d’un repli immédiat. Un fusil à verrou n’avait pas sa place quand le volume du feu décidait qui survivrait. George allait découvrir pourquoi le fusil qui avait dominé le canal de Guadal avait échoué en Birmanie. Et lorsqu’il tirerait enfin, chaque balle aurait un coût humain incommensurable.

Vingt-huit jours plus tôt, le 15 février 1944, George arrivait en Inde après dix mois passés aux États-Unis, à Fort Benning, en Géorgie, où il suivait une formation d’officier et enseignait les techniques de combat du canal de Guadal à des hommes qui n’avaient jamais entendu un seul coup de feu tiré en situation de combat. Comment repérer les tireurs d’élite japonais dans les arbres. Comment construire des positions de tir surélevées.

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