Rassemblement antiraciste à Saint-Denis : Succès populaire ou hold-up politique de LFI ?e

Le samedi dernier, la place de Saint-Denis a vibré au rythme d’un rassemblement qui restera gravé dans les mémoires, non seulement pour sa cause, mais aussi pour les polémiques qu’il a suscitées. Officiellement organisée pour soutenir le nouveau maire, Bali Bagayoko, cible d’insultes racistes révoltantes dans certains médias, cette manifestation a réuni près de 6000 personnes. Pourtant, derrière les slogans de fraternité, le plateau des “Grandes Gueules” s’enflamme : la lutte contre le racisme a-t-elle été prise en otage par La France Insoumise ?

Dès les premières minutes du débat, le ton est donné. Si certains participants voient dans cette mobilisation un “succès” incontestable pour la dignité humaine, les critiques sur la forme sont acerbes. Le moment fort du rass

 

emblement a été marqué par la présence massive de Jean-Luc Mélenchon et des cadres de La France Insoumise. Bien que certains observateurs soulignent que Mélenchon a adopté une posture “républicaine” et s’est mis en retrait en ne parlant que quelques minutes, d’autres y voient un meeting politique déguisé. La polémique enfle particulièrement autour des “dérapages” constatés sur place. Une journaliste de BFM TV a été brutalement projetée contre des barrières par un membre du service d’ordre, et un journaliste de “Frontière” a été expulsé manu militari. Ces incidents jettent une ombre sur la volonté d’apaisement affichée par les organisateurs.

Au-delà de la violence physique, c’est la violence des mots qui interpelle. La députée Nadège Abomangoli a pris la parole pour dénoncer un “racisme d’État” et des “violences policières” ciblant systématiquement les mêmes populations. Ces propos ont provoqué une levée de boucliers, certains y voyant une essentialisation dangereuse de la police française. Le débat sur le plateau des “Gr

 

ndes Gueules” souligne cette tension : peut-on combattre le racisme sans diviser davantage la société ? Barbara Lefebvre, toujours incisive, n’hésite pas à qualifier LFI de parti “racialiste”, accusant le mouvement de trier les citoyens selon leur couleur de peau pour se constituer un socle électoral solide en vue de 2027.

L’un des moments les plus “croustillants” décrits lors de l’émission concerne le sort réservé aux alliés traditionnels de la gauche. Le Parti socialiste et SOS Racisme, venus en soutien, ont été pris à partie et insultés par certains manifestants, les qualifiant de “gauche caviar”. Cette scène illustre parfaitement la stratégie de “la révolution qui dévore ses enfants”. L’antiracisme, autrefois terrain d’entente de toute la gauche, semble devenir un champ de bataille idéologique où seuls les plus radicaux ont droit de cité. SOS Racisme, structure historique, est aujourd’hui perçue par une partie de la jeunesse des quartiers comme une “arnaque” dépassée, un marchepied électoral utilisé par le passé et désormais rejeté.

Pourtant, au milieu de ces querelles politiques, le cri de détresse de Bali Bagayoko demeure. Le fait qu’un maire puisse être traité de “primate” ou voir son nom écorché en raison de sa couleur de peau est une réalité que personne ne peut ignorer. Un auditeur, Amadou, est intervenu pour poser une question dérangeante : “Où sont les autres ?” Si LFI occupe tout l’espace sur le terrain de l’antiracisme, c’est peut-être aussi parce que le gouvernement et les autres partis brillent par leur absence ou leur réaction tardive. Le silence d’Emmanuel Macron, comparé à sa réactivité lors d’autres incidents impliquant des figures de droite, est pointé du doigt comme une forme de malaise au sommet de l’État.

En fin de compte, la manifestation de Saint-Denis pose un dilemme profond aux Français. Faut-il abandonner le combat contre le racisme à ceux qui l’instrumentalisent le plus bruyamment ?

Entre la sincérité des manifestants venus défendre un homme insulté et les calculs électoraux des états-majors politiques, la frontière est devenue poreuse. Le rassemblement a prouvé que la question raciale reste un nerf à vif dans l’Hexagone, capable de mobiliser les foules mais aussi de fracturer irrémédiablement le bloc républicain. Alors que l’échéance de 2027 approche, la lutte antiraciste s’annonce plus que jamais comme l’un des enjeux majeurs, et sans doute l’un des plus explosifs, du débat national.

 

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