Alfortville : L’enfer des entrepôts transformés en églises évangéliques clandestines?e

Derrière les façades grises et banales des zones industrielles d’Alfortville, dans le Val-de-Marne, se joue chaque week-end un scénario que peu de passagers imaginent. Ce qui ressemble à une succession d’entrepôts ordinaires abrite en réalité un pôle religieux bouillonnant où plus d’une dizaine d’églises évangéliques ont élu domicile. Mais ce qui est une terre de ferveur pour les fidèles est devenu un véritable calvaire sonore et social pour les riverains des cités HLM voisines.

Une zone industrielle transformée en sanctuaire sonore

Le calme de la semaine laisse place, dès le vendredi soir, à une effervescence démesurée. Des voitures immatriculées dans toute l’Île-de-France, et même parfois de Belgique, saturent les rues adjacentes, pratiquant un stationnement sauvage en double ou triple file. À l’intérieur de ces bâtiments aux allures de hangars, l’ambiance n’a rien de solennel : batteries, guitares électriques et sonos surpuissantes font vibrer les murs. “C’est comme une boîte de nuit”, témoigne un habitant excédé, obligé de fermer ses volets et ses fenêtres sans pour autant réussir à masquer le vacarme qui couvre le son de sa propre télévision.

Ces églises, souvent issues de communautés haïtiennes, congolaises ou ivoiriennes, se multiplient faute de lieux de culte officiels et adaptés. En pleine croissance, le courant évangélique manque cruellement de mètres carrés. La solution de repli est alors l’entrepôt : quelques chaises, une estrade et une sono suffisent pour créer un lieu de rassemblement, loin des codes architecturaux traditionnels des églises à clocher.

Le “Prophète” et les dérives qui inquiètent

Parmi la myriade de communautés présentes, l’une d’elles attire particulièrement l’attention : l’église “Sainteté de l’Éternel”, dirigée par le prophète Ange Josaphat. Très actif sur les réseaux sociaux, cet homme d’origine ivoirienne mène des cultes retransmis en direct sur YouTube, où les promesses de guérisons miraculeuses s’enchaînent. On y voit des fidèles “guéris” de douleurs chroniques en quelques secondes sous les acclamations de la foule.

Cependant, derrière ces scènes de liesse, l’organisme d’État chargé de la lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) pointe des comportements inquiétants. Le leader est soupçonné d’exercer un contrôle étroit sur ses adeptes, les isolant de leur famille et insistant lourdement sur les contributions financières via des RIB distribués pendant les séances. “L’œuvre de Dieu a besoin de soutien”, répète-t-on aux fidèles, tandis que les voisins, eux, doivent se soutenir à coups de somnifères pour supporter les “nocturnes” qui durent jusqu’à 5 heures du matin.

Une municipalité entre impuissance et urgence

Depuis trois ans, les plaintes des riverains s’accumulent sur les bureaux de la police et de la mairie. Des pétitions circulent, des collectifs de voisins se créent sur WhatsApp pour coordonner les appels au commissariat, mais les résultats sont maigres. La justice a classé certaines plaintes sans suite, au grand désespoir des habitants qui se sentent abandonnés. “La police passe, mais ne fait rien”, déplore un résident qui voit sa santé se dégrader à cause du manque de sommeil.

Pourtant, au-delà des nuisances sonores, c’est la sécurité qui est en jeu. Ces établissements recevant du public (ERP) ne respectent pas toujours les normes de sécurité incendie ou les issues de secours. Le souvenir du drame de Stains en 2012, où l’effondrement d’un bâtiment précaire lors d’un culte évangélique avait fait deux morts, hante encore les esprits des autorités. La mairie d’Alfortville semble enfin vouloir réagir en lançant des commissions de contrôle pour expertiser ces locaux et, si nécessaire, ordonner des fermetures.

Un avenir incertain pour le “Jardin d’Alfortville”

Aujourd’hui, le propriétaire

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