Le 27 juin 2023, la France basculait dans le chaos. En quelques heures, la mort de Nahel Merzouk, 17 ans, lors d’une intervention de police à Nanterre, devenait l’étincelle d’une déflagration nationale sans précédent depuis 1968. Pourtant, sous l’épaisse fumée des émeutes et le fracas des slogans politiques, une autre réalité, plus complexe et nuancée, se dessinait dans le silence des cabinets d’instruction. William Molinié, journaliste spécialiste de la police et de la justice, lève le voile sur les zones d’ombre de ce dossier dans son enquête “Dernier recours”.
Le récit médiatique initial s’est cristallisé en quelques secondes : une vidéo de 40 secondes, un tir à bout portant et l’image d’un “petit ange” fauché lors d’un “simple contrôle de police”. Or, l’enquête révèle que le drame n’est pas né d’un contrôle de routine, mais d’une traque intense de 2 minutes 40 à travers les rues encombrées de Nanterre. À plus de 110 km/h, au volant d’une puissante Mercedes de location aux plaques polonaises, le jeune conducteur multipliait les infractions graves, manquant de renverser des piétons et des cyclistes avant d’être immobilisé par les embouteillages.
L’une des contrevérités les plus tenaces concerne la bande sonore de la vidéo virale. Alors que les réseaux sociaux s’enflammaient sur un prétendu « Shoote-le » crié par un policier, l’expertise de l’IRCGN est formelle : le terme n’a jamais été prononcé. Les policiers intimaient l’ordre de « couper » le moteur. De même, la thèse d’un redémarrage involontaire du véhicule, causé par des coups de crosse qui auraient fait perdre connaissance au jeune homme, a été balayée par l’autopsie et les expertises techniques. Nahel a effectué quatre actions volontaires pour relancer sa voiture : lever le pied du frein, actionner le bouton Start, engager le mode “Drive” et accélérer.
Au-delà des faits techniques, c’est la gestion politique et judiciaire de l’affaire qui interroge. William Molinié pointe du doigt la précipitation d’Emmanuel Macron, qualifiant l’acte d’« inexcusable » avant même que l’enquête ne débute, jetant ainsi le policier en pâture pour tenter de calmer la rue. Une stratégie qui a eu l’effet inverse, légitimant la colère des émeutiers. La justice elle-même a semblé agir sous une pression colossale : le placement en détention provisoire du policier Florian M. s’est décidé alors que les fumées des incendies étaient visibles depuis les fenêtres du tribunal.