Rio de Janeiro, la « Ville Merveilleuse », est connue pour ses paysages à couper le souffle, ses plages iconiques et ses levers de soleil légendaires depuis les sommets granitiques qui bordent l’Atlantique. Pourtant, ce lundi matin, le décor de carte postale a brutalement laissé place à une scène de film de guerre. Plus de 200 touristes, Brésiliens et étrangers, ont vécu deux heures de terreur pure, bloqués au sommet du Morro Dois Irmãos (le mont des Deux Frères), alors qu’une fusillade intense éclatait dans la favela de Vidigal juste en contrebas.
Tout commence vers 5h30 du matin. Alors que des dizaines de groupes de randonneurs terminent leur ascension pour admirer les premiers rayons du soleil sur les plages d’Ipanema et de Leblon, le silence de la montagne est brisé. Des unités de police, venues inspecter la zone de Vidigal pour une opération de routine, sont accueillies par un déluge de feu. Les narcotrafiquants, retranchés dans les ruelles escarpées de la favela, n’hésitent pas à ouvrir le feu, mettant délibérément en danger non seulement les forces de l’ordre, mais aussi les centaines de civils situés sur les sentiers de randonnée surplombant la zone de conflit.
Pour les touristes présents, la confusion a été immédiate. « Au début du sentier, on entendait déjà des tirs, mais ils semblaient lointains. À mesure que nous montions, le bruit devenait de plus en plus fort, de plus en plus proche », raconte un témoin encore sous le choc. L’arrivée d’un hélicoptère de la police survolant la zone à basse altitude a ajouté à la panique générale. Entre l’incertitude de redescendre vers la zone de combat ou de rester exposés sur la crête, le choix était impossible.
L’instinct de survie et le rôle crucial des guides
Face à l’imminence du danger, le sang-froid des guides locaux a été déterminant. Habitués, malheureusement, aux tensions sporadiques de la zone, ils ont immédiatement appliqué les protocoles d’urgence : ordonner à tous les randonneurs de rester accroupis ou allongés au sol, loin des rebords exposés. Pendant près de deux heures, ces 200 personnes sont restées prostrées, écoutant le sifflement des balles et les détonations qui résonnaient contre les parois rocheuses.
La communication est restée constante entre les agences de tourisme et les autorités policières au pied de la montagne. Ce n’est qu’après avoir reçu un « feu vert » officiel et la sécurisation du périmètre que les touristes ont été autorisés à entamer une descente sous haute surveillance. L’opération s’est finalement soldée par l’arrestation de trois suspects, et miraculeusement, aucun blessé n’est à déplorer parmi les visiteurs ou les résidents.
Le tourisme à Rio : Un équilibre de plus en plus fragile
Si Vidigal est traditionnellement considérée comme l’une des favelas les plus « pacifiées » et touristiques de Rio, cet incident jette une ombre froide sur la stratégie sécuritaire de la ville. L’année 2025 a été marquée par des chiffres de fréquentation records, avec plus de 2,1 millions de touristes étrangers. Cependant, Rio reste loin des standards mondiaux de sécurité de villes comme Bangkok ou Londres, qui accueillent dix fois plus de visiteurs.
Cet épisode intervient dans un contexte particulièrement tendu. Il y a à peine six mois, le 28 octobre 2025, Rio connaissait l’opération policière la plus meurtrière de son histoire, faisant 120 morts dans la zone nord de la ville. Pour les professionnels du secteur, ces événements sont des coups de massue. « Chaque fois qu’une opération de ce type se produit, l’information fait le tour du monde. Cela impacte directement l’image que nous essayons de construire », déplore un acteur local du tourisme.
Un paradis sous haute surveillance

Le Morro Dois Irmãos culmine à 533 mètres au-dessus du niveau de la mer. C’est un point de passage obligé pour des milliers de visiteurs chaque semaine, désireux de vivre l’expérience authentique de traverser la favela pour atteindre le sommet. Mais aujourd’hui, la question de la sécurité des circuits touristiques dans les zones sensibles est plus que jamais posée.
Le contraste est saisissant : d’un côté, une ville qui aspire à être une capitale mondiale du divertissement et de la beauté naturelle ; de l’autre, une réalité sociale et criminelle qui peut resurgir à n’importe quel moment, transformant un moment d’extase contemplative en un cauchemar traumatisant. Pour les 200 rescapés de ce lundi, l’image du lever de soleil sur l’Atlantique restera à jamais